Imaginez un homme l’air jovial, chemise hors du pantalon et mocassins défraîchis. Il m’introduit dans une pièce immense où trône un bureau surmonté de dossiers. Je prends place en face de lui et le voit en train de soulever quelques feuilles. "Où ai-je donc mis votre CV ?" Là, je sens déjà qu’on est bien parti… "Vous n’auriez pas un exemplaire sur vous par hasard ?". Bien sûr ! Il s’en empare et tout en le parcourant, allonge nonchalamment ses… jambes sur son bureau ! Une position qu’il maintiendra sans faiblir pendant toute la durée de l’entretien...

Affable, il m’écoute décrire mon parcours. Puis me dit ne pas vouloir me poser les questions "traditionnelles" d’un entretien sous prétexte - pense-t-il - que je les connais et que je vais lui sortir des réponses toutes faites. Mais du coup, il ne me pose aucune question préférant plonger dans sa… messagerie ! Je décide de prendre les devants et l'interroge sur le poste. Je sens que je l’ennuie terriblement. J’apprends tout de même que si je suis recrutée, ce sera lui mon supérieur hiérarchique ! Aïe !

Mais me voilà interrompue par des coups frappés à la porte. Un homme passe la tête, fait un petit signe de la main, puis repart. Mon interlocuteur se dandine mal à l'aise sur sa chaise, puis se lève en s’excusant : "C’est mon chef, il revient de vacances, faut que j’aille le saluer". Maintenant. Là. Tout de suite.

Je souris poliment et ronge mon frein… pendant ce qui me semble une éternité ! A son retour, il s’excuse à nouveau et abrège notre entretien par un "je vous tiens au courant".

Quinze jours plus tard, sans nouvelle de sa part, je lui envoie un mail. A ma grande surprise, la réponse tombe cinq minutes après. Je vous la livre texto : "Bonjour, je suis au regret de vous informer que votre candidature n’a pas été retenue. Bonne chance pour la suite. HP".

J’apprends plus tard (merci Martine !) que "ce genre d’attitude est typique des chefaillons de la fonction publique, qui n’ont aucune légitimité pour recruter, qui sont juste là pour débroussailler les candidatures et se la jouer un peu". Ouf, je l'ai échappé belle !

EDIT DU 21 MARS : j'ai appris que ce recruteur avait été "suspendu" de son poste. Il y a donc une justice dans ce monde tourmenté du recrutement...