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vendredi 20 février 2009

C’est moi qui garde les enfants

Vendredi RTT. J’en profite pour filer au supermarché et éviter la cohue du samedi. Manque de bol, il y a moins de caisses ouvertes. J’attends donc patiemment mon tour dans la file, lorgnant sur le chariot devant moi rempli à bâbord et poussé par un jeune homme. Lorsque soudain, une femme, assez petite, un peu replète, la soixantaine à vue d’oeil, interpelle le jeune homme.

- Jean !!! Quelle surpriiiiise ! Bonjour. Comment allez-vous ?

- Bien merci. Et vous ?

- Bien, bien.

- Et votre femme Nicole ?

- Ca va, ça va, merci.

- …

- …

- Elle doit être fatiguée, non ?... Quatre enfants, tout de même…

- On s’arrange, elle travaille vous savez et moi…

- Elle travaille en plus ?!?!

- Oui, et c’est moi qui garde les enfants.

- Oh ! Vous avez divorcé ???

- Non, non. On a décidé que ce serait moi qui resterais à la maison pour m’en occuper.

Pour sûr, les temps changent ma bonne dame... ;-)

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jeudi 5 février 2009

T'habites dans le marais ?

J’ai repéré son histoire sur le site des Vingtenaires (dont je suis une fidèle) et je ne peux résister à vous la replacer ici, avec l’accord de son auteur (sans "e"...).

homme Il s’appelle Bobby (c’est un pseudo), il a 20 ans, est étudiant en cinéma à Paris et travaille comme équipier chez MacDo. Il parle de son expérience de "mec qui pue la frite" sur son blog. Si son "aventure" m’a interpellée, c’est que j’avais déjà abordé le sujet sous l’angle féminin, que la Halde a récemment publié une étude brisant enfin le tabou et qu'un concours de scénarios sur ce même thème a été organisé il y a peu par le Ministère de la Santé et l'Inpes.

Voici son histoire :

« L’autre jour, M., vient bosser avec nous en cuisine. Il est là depuis beaucoup plus longtemps que moi, et d'après ce que j'ai compris, il n'a pas l'intention de rester. M., c'est le rigolo de service, le boute-en-train sur lequel on a oublié d'installer un bouton STOP. Ceci dit, sympa de prime abord. Tout le temps à me taquiner, mais gentiment. Je suis petit, je suis nouveau, je suis adorable, normal. Et puis il se met à me parler de "meufs".

Normal, encore une fois, à part les "meufs", les équipiers MacDo ont peu de sujet de conversation. Comme il insiste, je lui dis cash : "ben écoute tu sais moi les filles c'est pas trop mon truc".
Je me disais qu'il était sympa, que ça n'allait pas faire un scandale. Et puis merde, j'ai rien à cacher, je vais pas jouer à mentir, j'ai pas que ça à faire (quand je dis "j'ai pas que ça à faire", je sous-entends que j'ai à faire des hamburgers à la place). Du coup, le mec est choqué et se met à me balancer réflexions sur réflexions, naïves et pas bien méchantes d'abord, du style "alors, et ça fait quoi ?", "et tes parents ils le prennent comment ?", "et pourquoi t'es... comme ça ?". Puis indiscrètes et connes, du genre "t'es actif ou passif ?", "t'habites dans le marais ?", "c'est quand la gay pride ?". Et pour finir, ça part en live. Dès qu'il voit un autre équipier, il lui lance "oh, tu connais pas la nouvelle ?". Dès que je passe vers lui "holà me drague pas hein !", ou alors "bon, je vais faire du remplissage... mais rien de sexuel hein ! Y en a ici qui pourraient avoir de mauvaises pensées, hein Bobby... ".

Déjà, je commence à trembler et à m'énerver. Je réponds avec humour, parce que voilà, j'ai voulu jouer le mec qui assume, j'ai pas intérêt à flancher, même si c'est dur. Je dois le prendre à la rigolade, même si j'en ai marre, même si ça me fait mal, même si personne ne dit rien pour qu'il ferme sa gueule alors que tout le monde l'entend. Et pour finir, une avalanche de "mais ça va hein Bobby, c'est pas grave hein..." à répétition. Je me suis donc emporté, je lui ai demandé de fermer sa grande gueule de con parce que ça me déconcentrait. Et là, ce connard me balance : "oulà, tu vas rester poli avec moi, parce que sinon ça va mal se passer pour toi et je peux devenir très méchant."

C'est clair, moi je fais 1m63, et lui trois têtes de plus et ses bras font la taille de mes cuisses. Donc je ferme ma gueule. J'ai envie de balancer les BigMac, de crier "ok, ben je me casse de cet endroit de merde bande de connards", d'aller dans la salle équipier et de pleurer de colère pour me calmer. Mais non, je reste là, je continue à bosser, je me plante dans mes sandwichs mais tant pis, je reprends à zéro, je continue.

Merde quoi, on en est toujours là ? Il faut encore mentir sur son lieu de travail quand on est pas comme les autres ? Quand est-ce qu'on leur expliquera, à ces gens que 1/ être gay n'est pas un choix 2/ être gay n'est pas dû à une mauvaise expérience avec les filles 3/ être gay n'est ni une maladie, ni un problème.

Le pire, c’est qu’il est pas méchant, ce bougre. C'est un type comme un autre, juste un peu con, et pas très renseigné sur la question. Dommage que, au passage, ça fasse autant de dégât dans la tête de quelqu'un déjà bien érodé par la connerie humaine à vingt ans à peine.»

EDIT du 6 février : "Bobby" réagit à vos commentaires et raconte la suite de cet "incident" (commentaire n°14). Encore merci à toi...

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